Yoga, accueil et inclusivité

Yoga accueil et inclusivité

J’ai mis des années à me formuler ce qui comptait véritablement pour moi dans cette transmission. Je suis heureuse de pouvoir le formuler clairement aujourd’hui parce qu’au-delà de donner du sens à mon métier, cela donne véritablement du sens à ma vie ! Alors je m’apprête à vous le partager : 

Tout ce qui compte pour moi, dans un cours de yoga, est de créer un espace dans lequel chacun puisse se sentir accueilli, vu tel.le qu’iel est, avec ses parts sombres et ses parts lumineuses, avec ses blessures, avec sa joie et ses ambitions, ses contradictions. Quels que soient son histoire, sa couleur, son genre, sa sexualité, son poids, ses traumas, son âge, ses résistances, ses croyances, ses incapacités physiques ou son aisance… J’ai la conviction qu’il n’y a rien qui guérit plus que d’être simplement vu et accueilli tel que nous sommes, sans avoir à justifier, expliquer.

Pour moi c’est exactement là que se trouve toute la valeur de cette discipline ancestrale qu’est le yoga : la possibilité d’unir le petit soi au grand Soi et d’entrevoir qu’il y a un espace au-delà des dualités, où nous nous rejoignons. C’est pour cela que je récite la petite phrase de Gandhi comme un petit rituel à chaque fin de pratique : « J’honore l’endroit en vous qui est amour, sagesse, intégrité et paix. Lorsque vous êtes dans cette endroit en vous et que je suis dans cet endroit en moi, nous ne faisons qu’un ». C’est ce que signifie Namasté. 

Bien sûr qu’en passant par le corps, la posture, le mouvement, en passant par la respiration, la concentration, c’est cet endroit que nous allons toucher du doigt, expérimenter et mais surtout incarner. C'est justement cet espace où nous sentons, vivons, que nous ne sommes pas limités à notre corps ou à notre mental. Et l’incarnation de cet espace où nous ne faisons qu’un, ne serait-ce que quelques secondes à la fois, nous transforme profondément. 

Parfois, je trouve mon intention profonde très éloignée de l’image que l’on donne aujourd’hui du yoga à travers les réseaux, dans laquelle je me reconnais rarement…  et il m’arrive d’avoir envie de changer le nom de ma pratique pour ne plus m’associer à l’image qu’on lui donne. 

Parfois je me demande aussi s’il y aurait d’autres portes, que celle du yoga, par lesquelles je pourrais passer pour offrir cet espace de manière plus intentionnelle, plus transparente, plus généreuse, plus accessible et à un plus grand nombre de personnes… 

Et la vie et les années me ramènent toujours au yoga. D’abord parce que je n’aurais pas la prétention de créer quoi que ce soit et que je veux justement honorer la source de ce qui m’anime et de ce que je transmets depuis des années. C’est bien justement le yoga et tout ce qui le constitue qui permet cela. 

On pourrait objecter qu’il y a là une forme d’appropriation culturelle, que l’exotisme de cette pratique venue d’Inde leurre les occidentaux en quête de mieux être -et c’est un autre sujet auquel nous reviendrons plus tard dans ce blog. Elle est cependant la voie la plus directe pour moi aujourd’hui parce qu’elle s’adresse à l’être dans son ensemble, dans toutes ses dimensions -qui ne sont pas toujours intégrées dans nos propositions occidentales. Mais aussi parce que l’expérience de cette pratique intime vécue dans le collectif est aussi ce qui lui confère toute valeur et sa puissance, c’est-à-dire que la forme soutient le fond. C’est bien de cela dont il s’agit : être en alignement dans la posture permet d’aller vivre l’alignement avec ce qu’il y a de plus juste en soi au contact de l’autre, en relation avec le monde, et non coupé de celui-ci. Nous le vivons dans nos cellules, dans le cadre d’un cours collectif.

Et je pense qu’il est aussi essentiel de nous rappeler, sans minimiser ni contredire tout ce que je viens d'écrire, que ce n’est « que » du yoga. Il n’a pas besoin d’être grave ou sérieux pour être sacré.

Il peut avoir une valeur inouïe, nous transformer, nous réparer, nous relier à quelque chose de plus grand… et justement rester simple, joyeux, vivant.

Pourquoi aurions-nous besoin de nous prendre au sérieux pour prendre soin de ce qui est précieux? 

Et c’est aussi finalement la vie : nous sommes simplement là ensemble, à respirer, bouger, essayer de calmer notre mental agité et de tenir sur une jambe, tomber, rire de nous même, et continuer. Et finalement, c’est peut-être déjà beaucoup. 

S’il y a donc une chose qu’il me tient vraiment à cœur de vous dire pour démarrer cette année scolaire, c’est ceci : 

Venez pratiquer avec vos traumas, votre personnalité, vos limites, vos résistances, vos attentes, votre curiosité, vos névroses,  votre timidité ou votre exubérance, toujours dans le respect de vous-même, de l'autre et du collectif. Il ne vous sera jamais demandé de vous expliquer, de vous justifier. Vous êtes vus tel que vous êtes. J’espère que nous pouvons ensemble continuer à faire vivre cet espace rare et précieux où il est possible d’être accueilli, vu entièrement et reconnu, avec nos ombres et notre lumière, sans masques, vulnérables et vivants.